L’Islande : Du marketing ecolo à la réalité

Je n’en ai pas parlé assez dans les posts précédents, mais la réaction générale quand j’explique ce qu’a été mon job pendant mes cinq mois là-bas est « – Mais ont-ils vraiment besoin qu’on leur parle d’écologie et de protection de la nature ? C’est un pays propre non ? ».

Donc, rétablissons une vérité : Non ce pays est loin d’être écolo ! La majorité des  Islandais, bien que préoccupé par l’environnement à une grande échelle comme, le réchauffement climatique (ce qui ne les empêchera pas de rouler en gros 4×4 extrêmement polluants) ou la disparition des stocks de poisson (ce qui ne les empêchera pas de continuer à épuiser les stocks)  ne sont pas « environmentaly friendly » dans leurs vies de tous les jours.

Regarder dans le détail les zones urbanisées laisse apparaître des endroits jonchés de déchets. Vous verrez souvent les gens simplement lancer leurs déchets par la fenêtre de leurs voitures. Vous verrez des poubelles ouvertes laissant le vent disperser leurs contenus dans la nature. Certaines plages sont jonchées des déchets provenant d’un centre d’enfouissement (où vas 70% de leurs déchets) laissé sans protection à proximité de la côte…Il n’y a pas de grillage empêchant les détritus de venir s’accumuler sur la plage.

Bref, face à un tel manque d’intérêt de l’état comme de chaque individu pour la protection de la nature et comme le disait mon patron islandais : « – si les Islandais étaient un million (et pas 300 000) , ce pays serait une vraie poubelle ».Ce qui « sauve » ce pays, est que 300 000 personnes jetant leur déchet dans une nature vaste, exposée au vent et dont les eaux usées partent via un pipeline loin de la côte sans traitement directement en mer… Cela a un impact bien moindre qu’un million d’habitants et la nature l’absorbe sans que cela puisse trop se voir.

L’Islande a beau jeu de communiquer sur sa « pureté » et son programme de développement de l’énergie hydrogène afin de se passer à l’horizon 2050 des énergies fossiles. Il s’agit hélas, comme en France d’ailleurs, plus de marketing environnemental que de réelle action. Dans les faits, l’Islande n’est pas dans une logique d’amélioration environnementale. Voici quelques faits qui vous donneront un aperçu plus réaliste sur l’Islande et sa prétendue pureté. Pour ceux que cela intéresse ou qui veulent en savoir plus, les sources sur lesquelles je m’appuie sont en fin d’article :

  • En 2004, l’Islande est le second pays au monde, après le Qatar en terme de consommation d’énergie par habitant.
  • Le pays a demandé dans le cadre du protocole de Kyoto de pouvoir emmètre 10% de GES  (Gaz à effet de  serre) de plus que leurs émissions de 1990 au moins jusqu’en 2012. Pour information, l’Islande est à 17 tonnes d’émission de GES par habitant quand la moyenne européenne est à 11 tonnes.
  • Du fait de la récession économique, le respect du protocole de Kyoto n’est plus vraiment à l’ordre du jour. L’Islande cherche à diversifier son économie afin de ne plus être autant dépendante de la pêche qui est un secteur en déclin depuis 30 ans. Les pêcheries ferment une à une et les projets de power plant et de fondeur d’aluminium fleurissent d’autant plus que l’Etat à besoin d’argent.
  • Considérant que la construction d’un seul nouveau fondeur d’aluminium ferait passer les émissions de GES au-delà des 10 % d’augmentation autorisée, il n’y a guère d’illusion à se faire sur le respect par l’Islande du protocole de Kyoto dans les prochaines années.
  • Leur choix de vendre leur territoire aux multinationales de l’Aluminium à de plus provoqué une catastrophe écologique dans le nord du pays par l’inondation et le détournement de rivière glaciaire afin de créer un barrage (à Karahnjukar) servant à une seule compagnie, ALCOA (aluminium compagny of America), alors que l’énergie produite pourrait à elle seule fournir toute l’Islande en électricité ou voir permettre à tous leurs véhicules de rouler à l’hydrogène. Pour rappel, 50% de l’énergie produite en Islande est destinée à l’industrie de l’aluminium.
  • D’autres projets tout aussi destructeurs de power plant sont à l’étude ou sur le point de se réaliser un peu partout en Islande. Une autre voie de développement notamment via le tourisme dont le chiffre d’affaires augmente de 10% chaque année ne semble pas intéresser le gouvernement qui vise apparemment les bénéfices et la destruction à court terme de l’Islande.
  • Le recyclage des déchets n’est pas encore un reflex chez plusieurs Islandais que j’ai pu rencontrer. Ils ne s’intéressent qu’aux bouteilles consignées sur lequel ils peuvent gagner un peu d’argent. Pour le reste, la plupart ne se gênaient pas pour tout mettre dans une seule poubelle bien qu’à Reykjavik, la plupart des enfants rencontrés en classe déclaraient faire le tri sélectif chez eux.

Par rapport au recyclage, le raisonnement souvent rencontré était le suivant : le pays est grand, il y a beaucoup d’espace « vide » où nous pouvons mettre nos déchets. C’est le même raisonnement que m’ont exposé certaines personnes par rapport au projet de barrage : « – ce n’est pas un problème d’inonder ce coin…Personne n’y vit »…Le fait que des animaux y vivent et la protection des écosystèmes ne rentre pas du tout en ligne de compte.

On peut tenter une comparaison afin d’avoir un ordre d’idée sur le retard islandais  bien que les données ne sont sans doute pas calculées de la même manière : La ville de rennes avec 100 000 habitants de plus que l’Islande a produits 200 T de déchets en 2007 quand l’Islande en a produit 488 en 2004. Les données relatives au recyclage sont trop complexes à traiter pour avoir un aperçu même approximatif.

Voilà,  ne venez plus me dire que l’Islande est un pays « écolo ». L’Islande est un pays magnifique, qui vous séduira très certainement par la variété des paysages et leurs beautés, mais sachez que ces paysages sont plus que jamais menacés. Outre le réchauffement climatique qui fait fondre les glaciers, l’appât du gain de l’industrie de l’aluminium et de l’état islandais est en train de lentement détruire des espaces qui, oui, étaient alors purs.

Sources :

Kyoto et GES
Climate change Iceland : Emissions Quota Debate Heats Up By Lowana Veal,  19/11/2007 (anglais)
Le débat sur l’aluminium
Islande et Aluminium :  les projets en cours
Les déchets, à titre de comparaison
Rapport sur les déchets de la ville de Rennes, 2007
Gestion des déchets en Islande, Environment and Food Agency of Iceland, 2006 (anglais)

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1 réponse

  1. Laurent L'Hôte dit :

    Bonjour Pierre, c’est Laurent (avec Stéphanie, samedi dernier, dans le trajet de Bretagne à Boulogne). Contents de découvrir ton site, et cette entrée dont tu nous avait parlé. Merci de ces sources de connaissance, on sort toujours grandi, et on se sent moins ignorant.
    Mais je voulais profiter de l’occasion pour te laisser mes coordonnées (sauf erreur ou négligence de ma part, je n’ai pas trouvé de lien direct pour t’écrire).
    Nous sommes content d’avoir fait ce bout de chemin en faisant connaissance.
    Je suppose qu’en ce moment, tu dois être à Valence, pour un entretien, je crois ?…
    et bientôt, après la fraicheur de l’Islande, la chaleur du Sénégal !
    (d’après mes souvenirs, cette chaleur est aussi sociale, comme dans de nombreux pays où l’acceuil reste une valeur forte et « naturelle »).
    Peut-être à bientôt par courriel…
    Amicalement, Laurent

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