La Korité comme si vous y étiez

Hier, fête de Korité et fin du ramadan pour les musulmans, j’ai passé la journée comme tout le monde ici, c’est-à-dire en famille. Ce fût une fête  à la sénégalaise : on mange, on discute, on mange on rediscute et on re-remange.

Récit d’un jour de fête :

8h : Premier repas composé de lakh à savoir une bouillie de mil que l’on mélange à du lait caillé sucré. C’est bon, consistant et remplace l’habituel petit-déjeuner composé d’un café au lait et d’un bout de pain dans lequel on met de la mayonnaise, du beurre ou une imitation raté du nutella du genre “Chocopain : C’est bon dans ton pain !” (c’est le slogan). Deux moutons sont tués.korite- septembre 20, 2009-3

9h30 : Tous les hommes et les jeunes garçons du quartier sortent les grands boubous et vont faire une grande prière près du terrain de foot. Les femmes restent à la maison, font le ménage et la cuisine. La maison est embellie pour l’occasion, car de nombreuses personnes vont passer. Des rideaux sont tendus sur les murs, des napperons recouvrent le décodeur et la télévision. À se demander si elle restera éteinte pour l’occasion.

10h : Les hommes reviennent de la prière. La maison est prête à recevoir les voisins qui, comme le veut la tradition, viendront présenter leurs excuses pour tout le tort qu’ils auraient pu vous causer. On part du principe que même sans le savoir ils auraient pu vous causer un tort quelconque donc par principe de précaution, tout le monde se demande pardon. Vous leur pardonnez et vous présentez à votre tour vos excuses qu’ils acceptent. Cette fête est l’occasion de résoudre certains conflits. C’est aussi l’occasion pour moi de mieux connaître mes voisins.korite- septembre 20, 2009-2

Chacun a sa stratégie. La plupart vont saluer tous leurs voisins après la prière de 9 h 30 et une fois leur devoir accompli, rentrent chez eux passer la journée tranquillement tout en recevant leur voisin qu’ils n’auraient pas pardonné chez eux. D’autres attendent la soirée en partant du principe que la plupart des personnes seront chez elles, contrairement au matin où les personnes sont souvent absentes, car partis demander pardon dans une autre maison. On ne se court pas après : Les femmes restez à la maison à cuisiner signaleront le passage de telle ou telle personne au retour des hommes. Dans ma famille, nous avons attendu la soirée. Ainsi, toute la journée fut un défilé de voisins. Certains s’arrêteront pour manger un peu, prendre un thé quand d’autres demanderont pardons, se feront pardonner, nous pardonneront et repartiront. Notez que les hommes pardonnent uniquement aux hommes tout comme les femmes le feront entre elles. Si un homme va pardonner une femme, il vaut mieux que chacun d’eux soit célibataire.

12h : Premier repas juste pour les hommes, car les femmes continuent de préparer le déjeuner… Du mouton cuisiné dans des oignons avec une sauce à la moutarde et beaucoup de poivre. Pour le coup, je mangerais à la main comme tout le monde. La viande de mouton est le plat de chaque fête. Si une personne n’est pas assez riche pour posséder ou acheter un mouton, il tuera une chèvre. Une fête où on n’égorge pas n’est pas une belle fête…

14h : C’est le moment du repas en famille. On continue avec un plat à base de mouton, d’oignon et de patate douce. Le diner est préparé à l’avance. Le repas terminé, les femmes débarrassent, font la vaisselle et peuvent enfin se préparer. Il faut savoir que la korité se prépare durant tout le mois de ramadan. Chaque personne de la famille se fait confectionner un boubou neuf, les femmes et les enfants se sont acheté des nouvelles chaussures, les cheveux ont été détressés pour une nouvelle coupe, des bracelets, des barrettes, du maquillage sont achetés pour l’occasion.

korite- septembre 20, 2009-417h : La préparation des enfants par leur mère se termine enfin. Les cheveux, préparés la veille à recevoir des rajouts, sont décorés de barrettes et de paillette. Les enfants une fois préparés sortiront faire le tour des maisons pour demander de l’argent dans l’optique de se faire une petite fête. Les hommes dorment et reçoivent les quelques voisins qui passent encore. Les femmes peuvent enfin se préparer.

18h : Ceux dont la stratégie était d’attendre que chacun soit chez soi pour aller saluer et pardonner sortent et vont de maison en maison rencontrer les autres hommes. Les femmes se montrent enfin, belles et coiffées pour deux heures avant la tombée de la nuit. Elles ont enfin le temps d’aller de maison en maison présenter des pardons.

21h : Chacun rentre chez soi prendre le diner… Du mouton. La soirée se terminera autour de la télé et d’un thé.

Le lendemain est un jour férié. C’est aussi le jour choisi par les mourides (la plus grande confrérie musulmane du sénégal) pour faire la korité… Ils auront jeuné un jour de plus que tout le monde, allez savoir pourquoi. Dans les jours suivants, les enfants se feront leur petite fête avec les étrennes collectées et des griots passeront chez vous chanter vos louanges (si j’ai bien compris)… Vous ne vous en débarassez qu’en leur donnant de l’argent.

La prochaine fête sera l’Aïd el-Kebir appelé ici Tabaski. Elle aura lieu fin novembre… Je vous raconterai. Elle se déroulera de manière similaire sauf qu’elle dure minimum  3 ou 4 jours et que ce sera un  peu plus sanglant car chaque homme se fera un devoir d’égorger son mouton. Encore une fête compliquée pour un végétarien. Pour ceux qui se demandent comment je fais, disons que je me contente d’accompagner le repas en mangeant la garniture, souvent bonne d’ailleurs.

Voilà, c’était la korité comme si vous y étiez, de quoi vous donner un aperçu de ce que je vis ici. C’était ma première fête au Sénégal, je suis allé voir tous mes voisins en tentant de mémoriser, sans succès, les phrases de pardons. Le port du boubou par un toubab fût très remarqué et vraisemblablement apprécié. Un ami m’a prêté des babouches pour l’occasion et je dois dire que si cela fait bizarre d’être habillé comme cela, on s’habitue vite et j’ai finis par trouver ce vêtement bien classe. Je vais voir si le tailleur peut me concevoir une version “hiver” pour mon retour en France 😉 .

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2 réponses

  1. arzur dit :

    Pour la banderole, il s’agit d’une photo prise dans le sud du sénégal, dans un village bédik. Tu montes en haut d’une montagne et c’est la première vue que tu as sur le village…les toits. Ce n’est pas représentatif de l’habitat du Fouta (les toits sont différents) mais bon, les couleurs sont sympathiques mais cela donne image moins chaude et poussiéreuse de ce que je vis réellement… D’ailleurs la saison des pluies est terminée mais la saison froide n’est pas encore arrivée… On se retrouve donc avec une période intermédiaire de chaleur. La poussière est de retour. Pour info, depuis deux jours il y a un mariage chez mon voisin qui est aussi l’Imam du quartier (on est copain 🙂 ). Le problème c’est que je n’ai pas de photos et que mes infos sur les traditions sont limitées… Pas de quoi faire un post… En attendant le prochain mariage, je pourrai peut être avoir assez de matière…

  2. Fânch dit :

    Belle reconstitution journalistique de ta journée! Tu relates les faits efficacement pour se donner une idée objective… Pour le boubou faudra ptet que tu le dédies à l’été! Et intéressante cette histoire de pardon… En fait j’imagines que pour l’inconscient collectif on va forcément voir ses voisins dans l’année pour leur demander pardon et donc pour pas avoir peur de les voir il vaut mieux ne pas avoir à se faire réellement pardonner et donc ne rien faire de pas cool. Ce serait donc un excellent moyen d’empêcher tout problème de voisinage, et comme tu l’as dis également de favoriser les échanges et donc renforcer l’amitié et en tant qu’amis on va pas se faire de crasses quand même…
    Et yo pour la banderole de ton site version sénégal c’est effectivement mieux comme ça!

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