La décolonisation n’a jamais eu lieu : Merci les ONG !

Mission humanitaire, solidarité internationale, projet de développement… Une générosité qui permet aux pays du Nord de ne jamais quitter complètement leurs anciennes colonies. Le colonialisme n’est pas « néo », la décolonisation n’a juste jamais été terminée.

Voilà une petite histoire qui vous fera comprendre les rouages d’un système pas si « néo » qu’on le croit.

Il était une fois, un pays que l’on disait pauvre et qui depuis sa création se reposait sur l’aide de ses voisins riches pour répondre aux besoins de sa population. Ses voisins, via des aides financières et l’intervention d’ONG, construisaient chez lui des hôpitaux, des routes, des écoles bref, toutes ces infrastructures que l’on retrouvait chez les voisins riches.

Le gouvernement du pays pauvre n’avait pas beaucoup de travail. Son activité principale était d’aller à des inaugurations et d’essayer de tirer quelque mérites de réalisations qu’il n’avait ni décidée, ni financée. Au fond, ses voisins décidaient pour lui de sa politique économique, de santé, d’éducation… Après tout, ce sont eux qui avaient l’argent et qui réalisaient les projets. Le gouvernement se contentait d’être gentil avec les pays voisins, de suivre de loin ce que ces derniers faisaient et qui ne pouvait pas être mauvais : ils étaient là, disaient-ils pour améliorer les conditions de vie de la population et développer durablement leur voisin pauvre. Cela n’était pas gratuit, mais ne coûtait pas grand-chose : le pays pauvre devait simplement laisser les entreprises des pays voisins exploiter ses ressources ou prendre en charge ce qui était avant des services publics.

Ainsi, le gouvernement se réjouissait de ne pas avoir déboursé un sou pour l’éducation ou la santé de sa population. Enfin, il n’avait pas à se soucier de faire fonctionner les services publics, car des entreprises étrangères s’en chargeaient pour lui.

Les voisins riches se réjouissaient de voir leurs entreprises réaliser d’importants bénéfices grâce à leur voisin pauvre dont les nouvelles infrastructures rendaient l’exploitation plus aisée.

Et l’habitant généreux des pays riches se réjouissait de voir ses impôts et ses dons servir à aider l’enfant mal nourri aux mouches dans les yeux qu’on lui montrait régulièrement à la télé ou dans les brochures d’appel aux dons des ONG.

Tout n’était pas parfait. En effet, la population du pays pauvre ne semblait pas trouver son compte dans les projets élaborés pour eux par leurs voisins riches. Pourtant, ce n’était pas faute de moyen ou d’argent. Seulement, la population ne se sentait étrangement pas concernée par les projets ou ne s’impliquait que le temps que l’ONG était là. En conséquence, de nombreux projets n’aboutissaient pas ou disparaissaient rapidement après le départ de l’ONG qui ne comprenait pas vraiment les causes de cet échec. Dans tous les cas, l’échec ne pouvait pas être de sa responsabilité vu les moyens qu’il y avait mis et la compétence des experts qui avaient élaboré le projet…

Si ces projets étaient souvent quelque peu modifiés dans le discours avec l’ajout de beaux mots comme « gouvernance locale », « autonomisation », « concertation » ; ils avaient toujours en commun cette propension à disparaître rapidement. Pourtant, reconduire échec après échec des projets n’était pas vraiment un problème. En effet, les voisins riches avaient toujours de l’argent à donner et l’ONG avait toujours besoin de travail. Enfin, le citoyen généreux soutenait les ONG et son gouvernement d’autant plus qu’il avait revu à la télévision ce gamin qui avait toujours des mouches dans les yeux.

Et depuis des décennies, le gouvernement du pays pauvre se disait : « Heureusement que nous avons des voisins généreux, nous serions incapable de nous développer sans eux »Décolonisation merci merci

Et depuis des décennies, les voisins riches, leurs ONG et leurs citoyens généreux se disaient : «  Heureusement que nous somme là, c’est pauvres gens ne se développeraient pas sans nous »

Et la population du pays pauvre ne se plaignait pas de ce défilé d’ONG, car il y avait toujours quelque petites choses à en tirer sur le moment et qu’une fois une ONG partie, une autre arrivait.

Mais petit à petit, la population du pays pauvre commença à en avoir assez d’être considérée par tous ses voisins comme étant des pauvres nécessiteux incapables de subvenir à leurs besoins les plus primaires. La pitié de leurs voisins en devenait presque insultante.

Ils demandèrent alors à leur gouvernement de mettre en œuvre ses propres politiques quitte à ne plus accepter d’aide extérieur. De plus, pour obliger l’État à assumer ses responsabilités, ils demandèrent aux ONG et aux pays voisins d’arrêter de faire le travail de ce dernier.

Les ONG et les pays voisins ne prirent pas la demande au sérieux et refusèrent de partir ou d’arrêter d’aider le pays. Le gouvernement déclara qu’il était hors de question de changer un système qui satisfaisait autant de monde et il fit taire ces revendications qui commençaient à déplaire fortement aux pays voisins.

Tout alla bien jusqu’au jour où une petite crise financière s’installa dans les pays riches et ceux-ci,  décidèrent de s’aider eux-mêmes avant d’aider leur voisin pauvre. Les ONG sans argent mirent la clé sous la porte et le citoyen généreux n’y trouva rien à redire : le petit garçon pouvait bien avoir toujours faim et des mouches ans les yeux, aujourd’hui, c’était à son tour d’avoir faim.

Du côté du pays pauvre, il ne resta rapidement presque aucune trace de l’intervention des ONG pourtant labellisées « durable » et le fruit de l’apprentissage de nombreux échecs. La population ne prit pas la peine de conserver ces réalisations qui n’avaient finalement pas changé grand-chose à leur vie et qui ne leur manqueraient pas. Seul subsista quelques toutes petites réalisations, sans doute les moins coûteuses et réalisé en grande partie par la population qui aurait trouvé dommage de voir le fruit de leur propre effort disparaître.

La population décida de ne plus laisser leur voisin s’occuper de la politique du pays : il avait perdu en autonomie et laissé ses ressources s’échapper pour n’obtenir au final que peu de réalisations intéressantes.

Elle considéra que l’incapacité de ses responsables n’était plus acceptable dans un pays qui veut être autonome et elle les remercia. Des gens reconnus pour leurs compétences formèrent un nouveau gouvernement.

Rapidement, ce gouvernement nationalisa les entreprises étrangères et découvrit qu’il disposait finalement d’assez de ressource pour financer ses politiques publiques. Afin de les exploiter au mieux, il fit appel à ses riches voisins pour la seule aide qui lui semblait utile,  de l’expertise et des transferts de technologie mais, cela lui fût refusé.

Enfin, il rompit les accords d’échange économique qui le liaient aux pays riches en échange de leur pseudo-aide.

La situation commença à s’améliorer pour les populations plutôt contentes de voir que leur gouvernement, s’il ne faisait pas encore mieux que du temps de l’aide pouvait faire aussi bien. Des gens conscient qu’il ne fallait plus compter sur une aide ponctuelles des ONG commencèrent à monter avec succès leur propre projet.

La crise passée et l’argent revenu, les pays voisins, quelque peu inquiets de voir le contrôle des ressources du pays pauvre leur échapper vinrent proposer leur aide au nouveau gouvernement arguant qu’il serait bien incapable de développer le pays sans eux et les ONG.

Le nouveau gouvernement leur répondit froidement : « Vos milliards d’aides n’ont rien créé de durable chez nous si ce n’est la corruption de nos politiciens et une mentalité d’assisté dans notre pays. Vous avez pris le contrôle de notre pays en le développant de manière à mieux l’exploiter. Votre business est notre misère, au revoir. »

Une telle ingratitude ne fût pas vraiment appréciée par les généreux voisins. Arguant de l’irresponsabilité du nouveau gouvernement, ils déclarèrent la guerre au pays pauvre et y installèrent un gouvernement plus coopératif.

Hier, le citoyen généreux a revu à la télévision le gamin aux mouches dans les yeux… Il lui enverra un sac de riz. Tant pis pour le producteur du pays pauvre qui n’a pas de quoi nourrir ses enfants, il aurait dût vendre son riz moins cher que gratuit et son gamin n’aurait peut être pas eu de mouche dans les yeux.

FIN

Partageant le même point de vue pour des raisons différentes, je vous invite à lire cet article du Washington Post. Un prix Nobel d’économie explique pourquoi aider des pays peut au contraire les pénaliser

Pour un prendre un exemple concret, lisez ce post que j’ai écrit après 7 mois en mission humanitaire au Sénégal.

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3 réponses

  1. arzur dit :

    Voilà un lien vers un article écrit par des volontaires avec qui j’ai fais un stage de préparation au départ. Ils sont au Pérou et partagent les même inquiétudes que moi et les illustre d’exemples concrets.
    La main qui donne

  2. Fânch(ois) dit :

    Bien d’accord, rien n’est gratuit ici bas et rien n’est plus porteur pour un pays riche qu’un pays en difficulté (après-guerre, famine, que sais-je encore) pour y vendre ses compétences. Nous ne remercierons jamais assez (à coups de cirage de pompes s’il le faut) les américains de nous avoir « sauvé », et la seule échappatoire de l’Afrique serait l’avènement d’un commerce réellement équitable. Malheureusement, les êtres « humains » ne sont pas nombreux. Dans nos cultures, ils sont élevés au rang de Saint. Pourtant, Saint-François d’Assise (par exemple), n’a fait que partager l’un de ses manteaux. Autant dire qu’il faut attendre le retour du Christ (ou un autre gars sympa du même genre).

    Perso j’hallucine la facilité qu’ont les puissants à organiser des coups d’Etats qui passent comme dans du beurre et totalement inaperçu. Dernier en date à ma connaissance: juin 2009, Honduras. Le président Manuel Zelaya, partisan de Chavez, qui avait commencé à réformer le pays en faveur des plus pauvres (passant le salaire minimum de 126 à 202 €), a été balayé par un putsch militaire. Depuis, en réponse aux condamnations fermes des institutions internationales, des élections pseudo-démocratiques ont eu lieues et Roberto Micheletti, soutenu par la droite locale et les Etats-Unis, est au pouvoir. Entre autres de ses prérogatives: la nomination de Nelson Willy Mejía Mejía (ex-membre d’un des escadrons de la mort) au poste de directeur général de l’immigration.

    Pour info, un nouveau concept va bientôt apparaître sur nos écrans: la loterie solidaire. Il s’agit d’un loto dont le gagnant verra une partie de ses gains reversée à une ONG. Une loi a du être écrite exprès (car les jeux d’argent sont hyper réglementés en France)! Une attention louable qui permettra à tout un chacun de se déculpabiliser, à Eric Woerth (ministre du budget) d’ajouter une bonne action au palmarès si solidaire du gouvernement, et au fameux gamin de pétiller des yeux.

  1. mars 11, 2016

    […] au Sénégal. Il m’aura fallu 7 mois de plus avant d’écrire cette petite histoire : L’aide au développement… de la misère . J’ai de moins en moins de doute sur ces questions de  solidarité internationale mais […]

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