Pulsions francophones : la faute à Amélie mais sauvé par un chat

amelieJ’habite avec un chat. Ce qui est formidable, c’est qu’il comprend la langue française autant que l’anglais. Pour preuve, il me répond en langage chat comme me répondrait un chat français et réagit de la même manière à « tu as faim ? » ou « are you hungry ? ». De plus, le langage chat semble donc universel et n’est pas bien compliqué à comprendre car il y a juste à faire la différence entre « j’ai faim », je veux sortir » et « caresse-moi ».   Il est bien le seul autour de moi à ne pas avoir l’air surpris quand je lui parle en français et c’est tant mieux, car j’ai dernièrement des pulsions francophones aiguës. Les symptômes se caractérisent par une envie de parler et d’entendre du français et une frustration inhabituelle par rapport à l’usage de l’anglais.

Différents niveaux de pulsions francophones peuvent être observés :

  • Niveau 1 : Je ne perds pas une occasion de sortir des expressions françaises généralement comprises et/ou utilisées par les anglophones bien que ce soit le plus souvent limité à : « Voilà », « Pardon », « bon appétit » et « Fatigue ». J’attends toujours l’occasion de placer « Déjà vue » et « Cul de sac ».
  • Niveau 2 : Je suis encore assez lucide pour ne pas m’exposer à l’incompréhension des humains et me limite à parler aux animaux. Sur un village minier, cela se limite aux oiseaux. Je note toutefois un accent australien dans la réponse des corbeaux et ne suis pas certain qu’ils me comprennent.
  • Niveau 3 : J’essaye de parler français aux Australiens et fais la traduction immédiatement en anglais quand je vois l’incompréhension se dessiner sur leurs visages. J’ai une tendance à écouter plus de chansons françaises.
  • Niveau 4 : J’ai mon lecteur mp3 chargé de chansons françaises et de musique celtique : je chante des chansons françaises et esquisse quelques pas de valse ou danse bretonne dans la rue ou dans le train. Je passe probablement pour un fou.

J’ai atteint le niveau 4 une seule fois. J’étais en ville, de retour du village minier, après 24h sans dormir et plusieurs jours à niveau 3. Je pense que la fatigue a favorisé cet état.

J’étais depuis un mois au niveau 2 mais ce qui m’a fait « basculer » la semaine dernière au niveau 3 fût Amélie Poulain. Le film passait en version originale sous-titrée anglais dans une salle de repos à la mine. Je trouve le film passable, mais les dialogues sont bons et après 2 mois à parler et entendre uniquement de l’anglais,  mon cerveau a eu un déclic : une frustration soudaine par rapport à l’anglais au point d’être énervé de devoir parler cette langue et une envie incroyable de parler français. De plus, à vivre en anglais et entendre soudainement ma langue et sa manière de sonner, j’ai compris pourquoi tant de gens trouvent que le français est une belle langue.

Après un an au Sénégal, je savais que d’un point de vue culturel, je serais en terrible manque de danse traditionnelle et de fromages odorants. Si ces deux points se sont vérifiés, je ne m’attendais pas à avoir par un quelconque problème à vivre sans la langue française et je réalise à quel point l’absence de certains éléments de notre culture d’origine est un poids potentiellement difficile à gérer en voyage. Le mal du pays peut toucher là où on ne l’attend pas mais si c’est loin de ses racines que l’on découvre leurs beautés, il n’est peut-être pas un si grand mal…

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2 réponses

  1. Pierre dit :

    Salut !

    Tu me rassures : Je ne suis pas le seul en manque de langue française à l’étranger 🙂
    En fait, je peux facilement trouver d’autres français… J’ai juste à aller en ville et me faire une cure de backpackeur, c’est blindé d’allemand et de français. Je n’ai juste pas grand chose en commun avec eux à part la nationalité. J’attends d’être au niveau 4 pour me résoudre à cette solution et je viens de trouver un groupe de conversation sur Perth, merci pour l’idée 🙂

    A+

  2. Laurent dit :

    Bonjour Pierre,
    Je te comprends pour l’anglais, aux USA, ce qui m’a sauvé la vie, c’est des séances de conversations françaises organisées dans un petit bar (perdu au fin fond du far west). Je pense donc que tu peux sûrement en trouver à Perth. En général, les français sont plus que bien accueillis. Faut juste être patient par rapport au niveau de certaines personnes mais j’en ai vu qui étaient parfaitement à l’aise.

    Et puis, tu peux aussi proposer des films en salle de repos et faire une sorte de cure. Enfin le « must » : organiser une petite classe d’initiation au français si ça peut intéresser certains mineurs.

    Bon courage !

    PS : tu peux aussi dire « faux-pas », assez bien compris chez les red neck.

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