Récit d’une soirée à Babilone

Il y a deux semaines, une dizaine de gamins sont venus frapper à ma porte. Ils voulaient une aide financière pour organiser la fête de leur groupe. C’est un phénomène qui, d’après mes collèges originaires d’autres villes, n’a lieu qu’à Matam. De début décembre jusqu’au 31, les jeunes passent dans les services afin de collecter de l’argent pour organiser une fête de l’école, la fête de leur club de foot ou simplement, une fête entre amis. Le plus souvent par groupe de trois, ils arrivent un bout de papier à la main écrit dans un français maladroit et intitulé « demande de soutien « .

Il m’est arrivé de donner quelques pièces aux premiers groupes qui passaient, mais petit à petit, ma monnaie diminuant et l’affluence ne faiblissant pas, j’ai décidé d’arrêter de donner de l’argent et me suis concentré sur la correction de l’orthographe et de la grammaire de ces demandes de soutien.

Pour revenir aux gamins devant ma porte, sachant que je les connaissais bien, mais sachant aussi qu’il m’avait déjà fait une demande similaire pour finalement ne pas m’inviter comme ils me l’avaient promis,  j’ai décidé cette fois d’une participation assez modeste. Ils en ont été néanmoins contents.

Plusieurs jours après, alors que je m’imaginais que la fête avait peut-être déjà eu lieu sans moi, le groupe revint devant ma porte pour me donner mon invitation.

J’ai trouvé cette invitation formidable. Ce petit bout de papier dans une belle enveloppe, d’une formulation simple est efficace ; ils s’étaient clairement donné du mal. J’étais invité et c’était le 30 !

« Bj, Nous, notre groupe de Babilone vont organisé une fête qui aura lieu le 30/12/09. ont vous invite »

La question d’où la fête aurait lieu n’était apparemment pas importante. J’en conclus que ce serait dans la rue. C’est le 30 que je croisais quelques gamins pour avoir l’information : la fête serait en face de chez moi. Je ne risquai pas de la rater.

Après avoir mangé dans ma famille, je suis sorti histoire d’aller faire un tour à cette fête que j’imaginais être un simple sitting de gamins dans la rue avec un poste de musique et des sodas… C’est en tout cas ainsi que se passent pour les fêtes de post-Tabaski et Korité. « Ils m’ont invité et seraient déçus que je ne passe pas quelques minutes » me disais-je…

Je fus bien surpris de voir la rue barrée de hautes tentures et d’entendre sortir de ce qui devait être de grosses enceintes un tube sénégalais. Ils avaient fait ça en grand et des plus âgées étaient aussi dans le coup. J’avais sous-estimé le nombre de Babiloniens.  Il y avait peut être une centaine de jeunes à danser sur du Mballax ou des tubes d’Akon dans cet espace délimité par les teintures et saturé de poussières soulevée par les pas des danseurs sur le sol de terre. Je fût rapidement repéré et tous les gamins me poussèrent vers une chaise dans un coin de la tente. J’appris que j’étais le seul invité à être venu.

Je profitai d’un moment où ma musique était relativement à mon gout pour commencer à danser avec la certitude mainte fois vérifiée qu’ il y a toujours une dance bretonne pouvant s’adapter à n’importe quelle musique. Et ce fut un petit moment de folie, un attroupement et les gens en cercle autour de moi criant  « Le Toubab dance !!! ».  Passé la surprise, je me suis intégré au groupe et attendais les bons morceaux pour aller danser.

Et c’est ainsi que mon petit tour dura jusqu’à tard dans la nuit et qu’en pensant aller à une petite fête pour faire plaisir à des gamins, j’aurai eu ce qui restera un des moments mémorables de ma mission au Sénégal.

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1 réponse

  1. Antho B. dit :

    Excellents instants à savourer pour toi (et à lire pour nous)…

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